Fiches de révision SES Terminale : programme complet, auteurs clés (Ricardo, Schumpeter, Keynes, Bourdieu), méthode dissertation et épreuve composée.
La spécialité Sciences Économiques et Sociales (SES) en Terminale est organisée autour de trois grandes disciplines : la science économique, la sociologie et science politique, et les regards croisés. L'épreuve du baccalauréat porte sur l'ensemble de ces chapitres et peut prendre la forme d'une dissertation ou d'une épreuve composée (mobilisation de connaissances, étude de document, raisonnement argumenté). Cette fiche couvre exhaustivement les neuf chapitres du programme officiel 2025-2026 avec les auteurs, théories et mécanismes à maîtriser.
Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure la richesse produite sur un territoire en une année. Il se calcule comme la somme des valeurs ajoutées des unités de production résidentes, augmentée des impôts sur les produits et diminuée des subventions. Le PIB en volume (ou PIB réel) est corrigé de l'inflation pour permettre des comparaisons dans le temps.
Cependant, le PIB présente des limites importantes :
Des indicateurs alternatifs existent : l'IDH (Indice de Développement Humain, créé par le PNUD sous l'impulsion d'Amartya Sen), l'empreinte écologique, ou encore l'indicateur de santé sociale.
La croissance économique résulte de l'augmentation des facteurs de production — le travail (quantité et qualité de la main-d'œuvre) et le capital (machines, équipements, infrastructures) — et du progrès technique.
Le modèle de Solow (1956) montre que la croissance à long terme ne peut reposer uniquement sur l'accumulation du capital (rendements décroissants). Le résidu de Solow, c'est-à-dire la part de la croissance non expliquée par l'augmentation des facteurs travail et capital, correspond à la Productivité Globale des Facteurs (PGF). Cette PGF reflète le progrès technique et l'amélioration de l'efficacité productive.
Les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas, Barro, années 1980-1990) internalisent le progrès technique. Trois sources principales génèrent des externalités positives :
Joseph Schumpeter (1883-1950) est l'auteur central de ce chapitre. Pour lui, l'innovation est le moteur de la croissance. Il distingue cinq types d'innovation : nouveau produit, nouveau procédé de production, nouveau marché, nouvelle source de matières premières, nouvelle organisation de la production.
L'innovation engendre un processus de destruction créatrice : les nouvelles activités détruisent les anciennes. Les entreprises innovantes obtiennent un monopole temporaire (rente d'innovation) qui stimule l'investissement, tandis que les entreprises obsolètes disparaissent. Ce processus est à la fois source de croissance et d'instabilité économique et sociale (chômage technologique, reconversions).
Les institutions — règles formelles (lois, droits de propriété) et informelles (normes, confiance) — jouent un rôle déterminant dans la croissance. Douglass North a montré que les droits de propriété sécurisés encouragent l'investissement et l'innovation. Sans protection de la propriété intellectuelle (brevets), les incitations à innover diminuent. La confiance dans les institutions judiciaires et politiques réduit les coûts de transaction et favorise les échanges.
La croissance économique pose la question de la soutenabilité (ou développement durable). Deux approches s'opposent :
David Ricardo (1817) développe la théorie des avantages comparatifs : même si un pays est moins efficace que ses partenaires dans tous les domaines, il a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle son désavantage relatif est le plus faible. Le libre-échange est alors mutuellement bénéfique.
Le modèle HOS (Heckscher-Ohlin-Samuelson) explique la spécialisation par les dotations factorielles : chaque pays se spécialise dans les productions qui utilisent intensivement le facteur dont il est relativement bien doté (travail ou capital).
Ces modèles expliquent le commerce inter-branche (échange de produits différents entre pays). Mais la majorité du commerce mondial est aujourd'hui du commerce intra-branche (échange de produits similaires entre pays comparables). Ce phénomène s'explique par la différenciation des produits (variété, qualité, marque) et les économies d'échelle (Paul Krugman, prix Nobel 2008).
L'internationalisation de la production passe par les firmes multinationales (FMN) qui réalisent des investissements directs à l'étranger (IDE). Les FMN fragmentent la production en chaînes de valeur mondiales : conception dans un pays, fabrication de composants dans un autre, assemblage dans un troisième. Cette décomposition internationale des processus productifs (DIPP) est motivée par la recherche de coûts plus faibles, l'accès aux marchés et aux compétences.
La compétitivité prix dépend des coûts de production (salaires, charges, productivité, taux de change). La compétitivité hors-prix (ou structurelle) repose sur la qualité, l'innovation, le design, l'image de marque, le service après-vente. Les pays avancés misent de plus en plus sur la compétitivité hors-prix face à la concurrence des pays à bas salaires.
Le commerce international génère des gains à l'échange : baisse des prix pour les consommateurs, accès à une plus grande variété de produits, stimulation de l'innovation par la concurrence. Cependant, il produit aussi des effets négatifs : destruction d'emplois dans les secteurs exposés à la concurrence internationale, augmentation des inégalités (selon le théorème de Stolper-Samuelson, le libre-échange pénalise le facteur rare), risques de dumping social et environnemental.
Les politiques protectionnistes (droits de douane, quotas, normes) peuvent être justifiées pour protéger des industries naissantes (argument de Friedrich List) ou pour des raisons stratégiques, mais elles réduisent les gains à l'échange et peuvent entraîner des guerres commerciales.
Le chômage selon le Bureau International du Travail (BIT) se définit par trois critères cumulatifs : être sans emploi, être disponible pour travailler, rechercher activement un emploi. En France, Pôle emploi (France Travail) classe les demandeurs d'emploi en catégories (A, B, C, D, E), ce qui donne des chiffres différents du BIT.
Le taux de chômage = (nombre de chômeurs / population active) × 100. Le taux d'emploi = (nombre de personnes en emploi / population en âge de travailler) × 100. Le halo du chômage désigne les personnes souhaitant travailler mais ne remplissant pas tous les critères du BIT.
Le chômage conjoncturel (ou keynésien) résulte d'une insuffisance de la demande globale. Quand la demande de biens et services diminue, les entreprises réduisent leur production et licencient. Keynes (1936) montre que le marché ne s'autorégule pas nécessairement et que l'État doit intervenir pour relancer la demande.
Le chômage structurel résulte de dysfonctionnements durables du marché du travail :
Les politiques conjoncturelles visent à relancer la demande (politique budgétaire expansive, baisse des taux d'intérêt) pour réduire le chômage keynésien.
Les politiques structurelles agissent sur le fonctionnement du marché du travail :
La politique budgétaire consiste à utiliser le budget de l'État (recettes fiscales et dépenses publiques) pour agir sur l'activité économique. En cas de récession, une politique budgétaire expansive (hausse des dépenses ou baisse des impôts) stimule la demande. Le multiplicateur keynésien montre qu'une dépense publique initiale génère un effet en chaîne supérieur au montant initial sur le revenu national.
Cependant, la politique budgétaire est contrainte par la dette publique. Un déficit budgétaire chronique alourdit la charge de la dette. Les économistes classiques et néoclassiques soulignent les effets d'éviction (l'emprunt public concurrence l'emprunt privé) et l'équivalence ricardienne (Barro, 1974) : les ménages anticipent les hausses d'impôts futures et épargnent davantage, neutralisant la relance.
La politique monétaire est conduite par la Banque Centrale Européenne (BCE) dans la zone euro. Elle agit principalement par les taux directeurs :
Lorsque les taux directeurs atteignent zéro (zero lower bound), la BCE recourt à des mesures non conventionnelles comme le quantitative easing (assouplissement quantitatif) : rachat massif de titres de dette sur les marchés pour injecter des liquidités dans l'économie.
Milton Friedman (monétarisme) considère que la politique monétaire ne doit viser que la stabilité des prix à long terme. Toute tentative de relance par la monnaie ne génère que de l'inflation à terme (courbe de Phillips augmentée des anticipations).
Dans la zone euro, les politiques monétaires sont centralisées (BCE), tandis que les politiques budgétaires restent nationales. Le Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC) impose des règles : déficit public inférieur à 3 % du PIB et dette publique inférieure à 60 % du PIB. Ces contraintes limitent la marge de manœuvre budgétaire des États.
Le policy mix désigne la combinaison de la politique monétaire et de la politique budgétaire. Une bonne coordination est nécessaire : par exemple, une relance budgétaire accompagnée d'une politique monétaire accommodante est plus efficace qu'une relance budgétaire contrecarrée par une hausse des taux d'intérêt. L'hétérogénéité des économies européennes (différences de conjoncture, de compétitivité) rend cette coordination difficile.
La stratification sociale désigne la hiérarchisation des individus et des groupes dans la société. Plusieurs analyses s'opposent :
Karl Marx analyse la société en termes de classes sociales définies par leur rapport aux moyens de production : la bourgeoisie (qui possède le capital) et le prolétariat (qui vend sa force de travail). La lutte des classes est le moteur de l'histoire. Une classe existe objectivement (classe en soi) mais ne devient une force sociale que lorsqu'elle prend conscience de ses intérêts communs (classe pour soi).
Max Weber propose une analyse multidimensionnelle de la stratification : les classes (dimension économique, situation de marché), les groupes de statut (dimension sociale, prestige, honneur) et les partis (dimension politique, pouvoir). Pour Weber, la stratification ne se réduit pas à l'économie.
Pierre Bourdieu synthétise ces approches avec la notion d'espace social structuré par trois formes de capital : le capital économique (revenus, patrimoine), le capital culturel (diplômes, savoirs, goûts) et le capital social (réseau de relations). La position sociale dépend du volume et de la structure de ces capitaux. L'habitus (dispositions acquises par la socialisation) oriente les pratiques et les goûts de chaque groupe social.
La nomenclature des PCS de l'INSEE classe la population en catégories fondées sur le métier, le statut (salarié/indépendant), la qualification et le secteur d'activité. Elle permet d'objectiver les inégalités sociales. Cependant, elle est critiquée : brouillage des frontières entre catégories, montée des classes moyennes, hétérogénéité interne des groupes.
La société française reste marquée par de profondes inégalités :
Ces inégalités sont cumulatives et se renforcent mutuellement (intersectionnalité).
Depuis les années 1960, la France a connu une massification scolaire spectaculaire : le taux de bacheliers est passé de 20 % en 1970 à plus de 80 % aujourd'hui. L'accès aux études supérieures s'est élargi.
Cependant, massification ne signifie pas nécessairement démocratisation :
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (Les Héritiers, 1964 ; La Reproduction, 1970) montrent que l'école reproduit les inégalités sociales. Le système scolaire valorise la culture légitime (celle des classes dominantes) et pénalise les élèves issus de milieux populaires dont le capital culturel est éloigné de la norme scolaire. L'école exerce une violence symbolique en imposant comme universelle une culture qui est en réalité celle d'un groupe social particulier.
Raymond Boudon propose une analyse alternative fondée sur les choix rationnels. Les inégalités scolaires résultent de stratégies familiales différentes : les familles populaires, qui évaluent différemment les coûts, les risques et les bénéfices des études longues, font des choix d'orientation moins ambitieux. C'est l'effet des choix scolaires (effets secondaires) qui explique les écarts, plus que les inégalités culturelles (effets primaires).
Le paradoxe d'Anderson (1961) montre qu'un diplôme supérieur à celui de ses parents ne garantit pas une position sociale supérieure. L'inflation des diplômes (augmentation du nombre de diplômés) entraîne une dévaluation relative des titres scolaires. Un bachelier d'aujourd'hui n'occupe pas nécessairement une position supérieure à celle qu'occupait un bachelier il y a cinquante ans.
La mobilité sociale désigne le changement de position sociale d'un individu par rapport à ses parents. On la mesure à l'aide des tables de mobilité (INSEE) qui croisent la PCS du fils avec celle du père.
On distingue :
La mobilité observée (brute) mélange deux composantes :
L'engagement politique ne se réduit pas au vote. Il prend des formes variées :
Le comportement électoral s'explique par plusieurs facteurs :
L'abstention progresse, particulièrement chez les jeunes et les catégories populaires. Elle peut être un acte politique (abstention protestataire) ou résulter d'un sentiment d'incompétence politique ou de désintérêt.
Mancur Olson (La Logique de l'action collective, 1965) montre que l'action collective n'est pas naturelle. Le passager clandestin (free rider) bénéficie des résultats de l'action collective sans y participer. Pour surmonter ce paradoxe, les organisations offrent des incitations sélectives (avantages réservés aux participants) et misent sur le sentiment d'identité collective.
Les externalités sont des effets non compensés par le marché. La pollution est une externalité négative : l'entreprise polluante impose un coût à la collectivité sans le supporter elle-même. Le marché échoue à intégrer ces coûts environnementaux : c'est une défaillance de marché.
Les biens communs (rivaux mais non excluables) sont menacés par la tragédie des communs (Garrett Hardin, 1968) : chaque individu a intérêt à surexploiter la ressource commune (pâturage, océan, forêt), ce qui conduit à son épuisement. Elinor Ostrom (prix Nobel 2009) a montré que des communautés locales peuvent gérer efficacement les biens communs par des règles collectives, sans recourir nécessairement au marché ou à l'État.
Trois grands types d'instruments permettent d'internaliser les externalités :
La taxation (taxe pigouvienne) : Arthur Cecil Pigou propose de taxer les activités polluantes à hauteur du coût social qu'elles engendrent. La taxe carbone en est un exemple. Elle modifie les incitations des agents économiques (principe pollueur-payeur).
Le marché des quotas d'émission : inspiré par Ronald Coase, ce mécanisme fixe un plafond d'émissions et distribue des quotas échangeables sur un marché. Le marché européen du carbone (EU-ETS) en est l'illustration. Les entreprises qui polluent moins peuvent vendre leurs quotas excédentaires.
La réglementation : normes d'émission, interdictions, obligations (normes Euro pour les véhicules, interdiction de certains pesticides). C'est l'approche la plus directe mais elle peut être rigide et coûteuse.
Chaque instrument présente des avantages et des limites. La taxation et le marché des quotas sont considérés comme plus efficaces économiquement (flexibilité), mais la réglementation peut être nécessaire pour des enjeux critiques (substances très toxiques).
La lutte contre le changement climatique nécessite une coopération internationale car le climat est un bien public mondial (non rival et non excluable). Les COP (Conférences des Parties) réunissent les pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. L'Accord de Paris (COP 21, 2015) fixe l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5-2 °C par rapport à l'ère préindustrielle.
Cependant, la coopération est freinée par le problème du passager clandestin à l'échelle internationale : chaque pays a intérêt à laisser les autres faire l'effort de réduction des émissions.
Ce débat traverse l'ensemble des politiques environnementales :
| Chapitre | Auteurs incontournables | Concepts clés |
|---|---|---|
| Croissance | Schumpeter, Solow, Romer, Lucas | PGF, destruction créatrice, croissance endogène |
| Commerce international | Ricardo, Krugman, HOS | Avantages comparatifs, commerce intra-branche |
| Chômage | Keynes, Friedman | Chômage structurel/conjoncturel, salaire d'efficience |
| Politiques économiques | Keynes, Friedman, BCE | Multiplicateur, policy mix, quantitative easing |
| Stratification sociale | Marx, Weber, Bourdieu | Classes sociales, capitaux, habitus |
| École | Bourdieu, Boudon, Anderson | Capital culturel, choix rationnels, paradoxe d'Anderson |
| Mobilité sociale | Bourdieu, Boudon | Tables de mobilité, fluidité sociale |
| Engagement politique | Olson, Tilly, Lazarsfeld | Paradoxe d'Olson, répertoires d'action |
| Environnement | Pigou, Coase, Ostrom, Hardin | Externalités, biens communs, taxe pigouvienne |